RECHERCHEZ
Julien Jean Renaud naît le 15 mai 1902 à Maizières-lès-Vic, petite commune rurale du département de Moselle, alors sous domination allemande. La région, Le Saulnois, doit son appellation à l’extraction du sel, mais c’est aussi une zone d’agriculture.
Son père, Joseph Renaud, né en 1861, est originaire lui aussi de Maizières où il est garde-champêtre. Il s’est marié dans cette même bourgade quelques années plus tôt, le 21 mars 1895 avec Marie Joséphine Coleur (1875-1935), à cette date ils sont donc allemands.
Avant la naissance de Julien, le couple a trois garçons et une fille et après sa naissance, il aura encore quatre filles et trois garçons. Sur les onze enfants, au moins quatre meurent en bas-âge. Joseph, redevenu français en 1918, meurt en novembre 1927 ; Julien a alors 25 ans.
Travailleur agricole, Julien se marie le 29 décembre 1930 dans le village de son épouse, Marie Freymann, née le 6 juillet 1897 et s’installe quelques années dans cette commune, Hundling, située près de Sarreguemines en Moselle. C’est là que le couple donne naissance à ses deux aînés : Joseph, le 27 juillet 1932 et Juliette, le 2 août 1933. Peu de temps avant la mort de sa mère, Julien et sa famille reviennent à Maizières où naît la benjamine : Marie Louise, le 24 décembre 1937 (elle mourra à Sarrebourg le 28 janvier 1973).
Dès juin 1940, l’Allemagne, décidée à se ré-approprier l’Alsace et la Moselle, expulse près de 400 000 mosellans, francophiles supposés ou avérés qui sont dirigés vers 48 départements français et à la mi-août, l’Alsace et la Moselle sont annexées de facto à l’Allemagne nazie. Les villages situés à l’ouest de la voie ferrée Sarrebourg-Metz-Thionville sont, vidés entre le 11 et le 21 novembre et soixante-six trains transportent leurs habitants vers le sud-est de la France[i].
La répartition des expulsés se fait à Lyon. Ainsi, le 14 novembre 1940, 478 habitants de Maizières sont embarqués dans le train n° 13, à destination du Gard. Julien son épouse et ses trois enfants, qui en font partie, arrivent à Nîmes où ils s’installent au 12 bis rue Saint Charles. Julien est d’abord employé comme palefrenier à l’École militaire d’Artillerie de Nîmes entre novembre 1941 et janvier 1943, puis travaille à la FeldPost de Nîmes comme journalier rémunéré, jusqu’à son arrestation par la police allemande le 11 octobre 1943.
Il aurait été inculpé pour avoir échangé une montre et un ballon de cuir contre des cigarettes, ignorant d’après lui que ces objets avaient été volés. Emprisonné à Marseille jusqu’au 15 décembre, il est ensuite placé en « détention préventive » à Compiègne jusqu’au 22 janvier 1944, date à laquelle il est déporté par le convoi I.172. Après un bref internement pour quarantaine à Buchenwald, où il arrive le 24 janvier 1944 (matricule 42472), il fait partie des 350 déportés transférés le 25 février 1944 au camp de Mauthausen en Autriche (nouveau matricule 54017), pour y rejoindre les internés mis au travail forcé, peut-être dans le cadre de l’opération Meerschaum[ii]. Il décède moins de deux mois après son entrée au camp, le 5 mars 1944 ; il a 42 ans.
Les démarches entreprises par sa veuve entre 1949 et 1952 pour le faire reconnaître comme FFI n’aboutiront pas, les commissions régionales et nationales estimant son dossier incomplet et les différents responsables des mouvements de Résistance ayant fait savoir qu’« elles ne le connaissaient pas pour avoir milité dans la clandestinité ».
Marie Balta, Gérard Krebs, Éric Bernard
[i] Rédigé par Patavic et publié depuis Overblog
Novembre 1940, Expulsion des Mosellans du Saulnois
« Le 3 Septembre 1939, la guerre est déclarée à l’Allemagne avec les conséquences que l’on connaît. De premières évacuations avaient déjà eu lieu en 1939 dans les zones frontalières. Le 10 mai 1940, les armées allemandes envahissent la Belgique, la Hollande puis le France. L’armistice sera signé le 22 juin et entrera en vigueur le 25. Le régime nazi organise de juin à novembre 1940 l’expulsion des personnes jugées indésirables : les Juifs, les français et fonctionnaires de « l’intérieur », les Alsaciens et Mosellans francophiles ou ayant appartenu à des associations francophiles, les déserteurs de l’armée allemande de 1914- 1918, les personnalités publiques s’étant opposées aux autonomistes, les tziganes, etc. Mi-août, l’Alsace et la Moselle sont annexées à l’Allemagne nazie. […]
Partir en quittant tout, n’emportant qu’au maximum 2000 Francs et une valise, nombre d’habitants du Saulnois ont connu cette situation. Seuls restèrent une poignée d’irréductibles, plus quelques familles pour s’occuper des animaux de fermes, en attendant la venue d’une population de remplacement appelés les «spiedler», composé d’Allemands, de nord mosellans expulsés de chez eux, de quelques alsaciens et de quelques germanophones et germanophiles de la région de Bitche, ainsi que des Roumains et des Tchèques. 1218 Vicois sur les 1284 habitants de l’époque furent évacués, compris les nourrissons et vieillards de l’hospice, partis vers une destination inconnue. »
[ii] Rédigé par Adeline Lee. Site de l’Amicale des Déportés de Mathausen.(Extraits) :
« La situation se complique pour l’Allemagne nazie à partir de 1942. Le Reich s’enlise alors dans un conflit qu’il doit mener en infériorité numérique et économique, avec des besoins en armement de plus en plus importants, alors que les forces productives du pays sont mobilisées sur les différents fronts. Ces besoins économiques entraînent l’émergence d’une nouvelle vision des camps de concentration qui est celle d’Oswald Pohl, chef du WVHA [1], qui écrit à Himmler le 30 avril 1942 que « la guerre a amené un net changement de la structure des KL, et a radicalement modifié leurs tâches quant à l’emploi des internés. Leur internement seulement pour des raisons de sécurité, d’éducation ou de prévention n’est plus au premier plan. Le centre de gravité s’est déplacé vers l’économie. La mobilisation de toutes les capacités de travail des internés, d’abord pour les besoins de guerre – accroissement de l’armement – […] se place de plus en plus au premier plan. » [2] Le 14 décembre 1942, Himmler promulgue un décret visant à l’envoi en KL de « 35000 hommes aptes au travail » [3]. Relayée trois jours plus tard par Müller aux services régionaux de la Gestapo, cette opération de « recrutement » de main d’œuvre en Europe de l’ouest constitue l’« Aktion Meerschaum » (« écume de mer »). L’échéance, fixée dans un premier temps au 30 janvier 1943, est finalement repoussée à la fin juin. Pour la France, six transports sont organisés : vers Sachsenhausen le 24 janvier, le 28 avril et le 8 mai 1943, un vers Buchenwald à la fin juin et deux partis de Compiègne à destination de Mauthausen les 16 et 20 avril 1943. »
Cf. https://monument-mauthausen.org/Les-deportes-de-l-operation.html
Sources :
Dossier du Ministère des Armées. Site Vincennes. Dossier n° GR 16P 505287.
Naissance : : https://www.archives57.com/index.php/recherches/archives-en-ligne/registres-paroissiaux
Mariage parents : https://www.archives57.com/index.php/recherches/archives-en-ligne/registres-paroissiaux
Liste des expulsés : https://www.archives57.com/index.php/recherches/archives-en-ligne/mosellans-expulses
Organisation des camps : https://campmauthausen.org/histoire/des-hommes-et-des-femmes/portraits/les-schutzhaftlinger
Expulsion des mosellans : https://www.francebleu.fr/infos/societe/moselle-deracinee-depuis-1940-n-avait-jamais-raconte-cette-histoire-1634811849
https://autour-de-vic-sur-seille.over-blog.com/2020/09/novembre-1940-l-expulsion.html
Site officiel de l’Amicale de Mauthausen.
Site Arolsen
Site Généanet. Renaud Julien Jean. Auteur : Thomas Bouquet.
RECHERCHEZ
Julien Jean Renaud naît le 15 mai 1902 à Maizières-lès-Vic, petite commune rurale du département de Moselle, alors sous domination allemande. La région, Le Saulnois, doit son appellation à l’extraction du sel, mais c’est aussi une zone d’agriculture.
Son père, Joseph Renaud, né en 1861, est originaire lui aussi de Maizières où il est garde-champêtre. Il s’est marié dans cette même bourgade quelques années plus tôt, le 21 mars 1895 avec Marie Joséphine Coleur (1875-1935), à cette date ils sont donc allemands.
Avant la naissance de Julien, le couple a trois garçons et une fille et après sa naissance, il aura encore quatre filles et trois garçons. Sur les onze enfants, au moins quatre meurent en bas-âge. Joseph, redevenu français en 1918, meurt en novembre 1927 ; Julien a alors 25 ans.
Travailleur agricole, Julien se marie le 29 décembre 1930 dans le village de son épouse, Marie Freymann, née le 6 juillet 1897 et s’installe quelques années dans cette commune, Hundling, située près de Sarreguemines en Moselle. C’est là que le couple donne naissance à ses deux aînés : Joseph, le 27 juillet 1932 et Juliette, le 2 août 1933. Peu de temps avant la mort de sa mère, Julien et sa famille reviennent à Maizières où naît la benjamine : Marie Louise, le 24 décembre 1937 (elle mourra à Sarrebourg le 28 janvier 1973).
Dès juin 1940, l’Allemagne, décidée à se ré-approprier l’Alsace et la Moselle, expulse près de 400 000 mosellans, francophiles supposés ou avérés qui sont dirigés vers 48 départements français et à la mi-août, l’Alsace et la Moselle sont annexées de facto à l’Allemagne nazie. Les villages situés à l’ouest de la voie ferrée Sarrebourg-Metz-Thionville sont, vidés entre le 11 et le 21 novembre et soixante-six trains transportent leurs habitants vers le sud-est de la France[i].
La répartition des expulsés se fait à Lyon. Ainsi, le 14 novembre 1940, 478 habitants de Maizières sont embarqués dans le train n° 13, à destination du Gard. Julien son épouse et ses trois enfants, qui en font partie, arrivent à Nîmes où ils s’installent au 12 bis rue Saint Charles. Julien est d’abord employé comme palefrenier à l’École militaire d’Artillerie de Nîmes entre novembre 1941 et janvier 1943, puis travaille à la FeldPost de Nîmes comme journalier rémunéré, jusqu’à son arrestation par la police allemande le 11 octobre 1943.
Il aurait été inculpé pour avoir échangé une montre et un ballon de cuir contre des cigarettes, ignorant d’après lui que ces objets avaient été volés. Emprisonné à Marseille jusqu’au 15 décembre, il est ensuite placé en « détention préventive » à Compiègne jusqu’au 22 janvier 1944, date à laquelle il est déporté par le convoi I.172. Après un bref internement pour quarantaine à Buchenwald, où il arrive le 24 janvier 1944 (matricule 42472), il fait partie des 350 déportés transférés le 25 février 1944 au camp de Mauthausen en Autriche (nouveau matricule 54017), pour y rejoindre les internés mis au travail forcé, peut-être dans le cadre de l’opération Meerschaum[ii]. Il décède moins de deux mois après son entrée au camp, le 5 mars 1944 ; il a 42 ans.
Les démarches entreprises par sa veuve entre 1949 et 1952 pour le faire reconnaître comme FFI n’aboutiront pas, les commissions régionales et nationales estimant son dossier incomplet et les différents responsables des mouvements de Résistance ayant fait savoir qu’« elles ne le connaissaient pas pour avoir milité dans la clandestinité ».
Marie Balta, Gérard Krebs, Éric Bernard
[i] Rédigé par Patavic et publié depuis Overblog
Novembre 1940, Expulsion des Mosellans du Saulnois
« Le 3 Septembre 1939, la guerre est déclarée à l’Allemagne avec les conséquences que l’on connaît. De premières évacuations avaient déjà eu lieu en 1939 dans les zones frontalières. Le 10 mai 1940, les armées allemandes envahissent la Belgique, la Hollande puis le France. L’armistice sera signé le 22 juin et entrera en vigueur le 25. Le régime nazi organise de juin à novembre 1940 l’expulsion des personnes jugées indésirables : les Juifs, les français et fonctionnaires de « l’intérieur », les Alsaciens et Mosellans francophiles ou ayant appartenu à des associations francophiles, les déserteurs de l’armée allemande de 1914- 1918, les personnalités publiques s’étant opposées aux autonomistes, les tziganes, etc. Mi-août, l’Alsace et la Moselle sont annexées à l’Allemagne nazie. […]
Partir en quittant tout, n’emportant qu’au maximum 2000 Francs et une valise, nombre d’habitants du Saulnois ont connu cette situation. Seuls restèrent une poignée d’irréductibles, plus quelques familles pour s’occuper des animaux de fermes, en attendant la venue d’une population de remplacement appelés les «spiedler», composé d’Allemands, de nord mosellans expulsés de chez eux, de quelques alsaciens et de quelques germanophones et germanophiles de la région de Bitche, ainsi que des Roumains et des Tchèques. 1218 Vicois sur les 1284 habitants de l’époque furent évacués, compris les nourrissons et vieillards de l’hospice, partis vers une destination inconnue. »
[ii] Rédigé par Adeline Lee. Site de l’Amicale des Déportés de Mathausen.(Extraits) :
« La situation se complique pour l’Allemagne nazie à partir de 1942. Le Reich s’enlise alors dans un conflit qu’il doit mener en infériorité numérique et économique, avec des besoins en armement de plus en plus importants, alors que les forces productives du pays sont mobilisées sur les différents fronts. Ces besoins économiques entraînent l’émergence d’une nouvelle vision des camps de concentration qui est celle d’Oswald Pohl, chef du WVHA [1], qui écrit à Himmler le 30 avril 1942 que « la guerre a amené un net changement de la structure des KL, et a radicalement modifié leurs tâches quant à l’emploi des internés. Leur internement seulement pour des raisons de sécurité, d’éducation ou de prévention n’est plus au premier plan. Le centre de gravité s’est déplacé vers l’économie. La mobilisation de toutes les capacités de travail des internés, d’abord pour les besoins de guerre – accroissement de l’armement – […] se place de plus en plus au premier plan. » [2] Le 14 décembre 1942, Himmler promulgue un décret visant à l’envoi en KL de « 35000 hommes aptes au travail » [3]. Relayée trois jours plus tard par Müller aux services régionaux de la Gestapo, cette opération de « recrutement » de main d’œuvre en Europe de l’ouest constitue l’« Aktion Meerschaum » (« écume de mer »). L’échéance, fixée dans un premier temps au 30 janvier 1943, est finalement repoussée à la fin juin. Pour la France, six transports sont organisés : vers Sachsenhausen le 24 janvier, le 28 avril et le 8 mai 1943, un vers Buchenwald à la fin juin et deux partis de Compiègne à destination de Mauthausen les 16 et 20 avril 1943. »
Cf. https://monument-mauthausen.org/Les-deportes-de-l-operation.html
Sources :
Dossier du Ministère des Armées. Site Vincennes. Dossier n° GR 16P 505287.
Naissance : : https://www.archives57.com/index.php/recherches/archives-en-ligne/registres-paroissiaux
Mariage parents : https://www.archives57.com/index.php/recherches/archives-en-ligne/registres-paroissiaux
Liste des expulsés : https://www.archives57.com/index.php/recherches/archives-en-ligne/mosellans-expulses
Organisation des camps : https://campmauthausen.org/histoire/des-hommes-et-des-femmes/portraits/les-schutzhaftlinger
Expulsion des mosellans : https://www.francebleu.fr/infos/societe/moselle-deracinee-depuis-1940-n-avait-jamais-raconte-cette-histoire-1634811849
https://autour-de-vic-sur-seille.over-blog.com/2020/09/novembre-1940-l-expulsion.html
Site officiel de l’Amicale de Mauthausen.
Site Arolsen
Site Généanet. Renaud Julien Jean. Auteur : Thomas Bouquet.