HENENBERG Sylver

  • Auschwitz

  • Né le 15 janvier 1929 à Anderlecht (Bruxelles)

  • Décédé à Auschwitz en décembre 1943

Les parents de Sylver Henenberg, sont tous deux nés dans des communautés juives de Pologne. Son père, Markus Simche, dit Max, Henenberg naît à Cracovie en 1889 et sa mère Duna/Dora Weichselbaum, à Rudnik en 1896. C’est probablement juste après la première guerre mondiale qu’ils s’installent en Allemagne. Leur aîné, Adolf, dit Dolph, voit le jour à Berlin le 3 octobre 1919, suivi par Henri, le 26 janvier 1922. L’année suivante, la famille – de nationalité polonaise – émigre en Belgique où naît Sylver, le 15 janvier 1929 à Anderlecht (Bruxelles). Dans les années 1930 elle habite à Anvers, 141 Plantin en Moretuslei.

En 1939, les Henenberg accueillent la sœur de Dora, Czarna Sprung, et ses deux garçons : Joseph et Heini, qui fuient les persécutions nazies à Berlin. L’offensive allemande, sème la panique dans une grande partie de la communauté juive de Belgique. Laissant Mme Sprung auprès de son fils Heini, hospitalisé, Max et Dora Henenberg emmènent Henri, Sylver et leur neveu Joseph dans leur exil vers la France. A Arras, ils arrivent à prendre un train vers le sud. Malheureusement, celui-ci est victime d’une terrible collision. Dora Henenberg y perd ses deux jambes, la gangrène s’installe, elle meurt trois jours plus tard. Son mari doit également être amputé d’une jambe. Il rentre probablement ensuite en Belgique avec Henri et Sylver.

Blessé lui aussi, Joseph Sprung est envoyé à Lorient (Morbihan) dans un hôpital pour enfants. Il y reste 6 mois, pendant lesquels il apprend le français, puis il part retrouver sa mère et son frère à Bruxelles. Il semble que ses cousins Henri et Sylver habitent alors dans la capitale belge avec leur père, 15 rue Joseph Claes. En août 1942, lorsque les juifs ont l’obligation de se déclarer à la Kommandantur, Mme Sprung préfère passer dans la clandestinité. Elle cache son fils Heini dans un couvent catholique et pousse Joseph, âgé de 15 ans, à passer en France.

Celui-ci part avec Dolph, l’aîné des Henenberg, tous deux munis de faux papiers. Les deux cousins s’installent d’abord à Montpellier où ils vivent de petits trafics. C’est là que Joseph arrive à obtenir une carte d’identité tout à fait authentique, au nom de Joseph Dubois. Il racontera :

« Il y avait une loi française qui disait : si, par exemple, en cas de guerre, on n’est pas en mesure d’obtenir un certificat de naissance, on peut prendre deux personnes connues dans la ville comme témoins, et ensuite obtenir un certificat de naissance. C’est ce que j’ai fait. Deux personnes se sont portées garantes. C’était la mère et la grand-mère d’un ami à Montpellier, des protestantes françaises. Elles ont assuré que je venais de Metz et qu’elles me connaissaient depuis ma naissance. On écoute trop les vieux … ».

Cependant, en juillet 1943, Dolph et Joseph sont obligés de s’enfuir à Bordeaux, pour échapper aux Allemands. Joseph trouve du travail comme interprète dans une entreprise suisse construisant, pour l’organisation Todt, un bunker pour les sous-marins. De son côté, Dolph n’arrête pas de penser à ses frères, restés en Belgique. Il finit par convaincre Joseph, le seul à pouvoir voyager sans crainte grâce à ses vrais papiers d’identité, d’aller les chercher.

Ainsi, probablement à la fin de l’été 1943, Joseph prend en charge ses deux cousins : Henri qui, tuberculeux, était dans un sanatorium et Sylver, 14 ans, qui vivait avec son père. Arrivés en France, ils s’installent dans une petite commune : Le Moutchic, au bord du lac de Lacanau (Gironde). En compagnie de Dolph, les trois jeunes gens tentent de passer en Espagne au mois d’octobre. Hélas, les cols sont trop enneigés, aucun passeur ne veut tenter l’aventure.

Joseph, Henri et Sylver décident alors de passer par la Suisse. Peut-être est-ce sur leur chemin qu’ils font halte quelques temps à Nîmes, où on trouve la trace des deux frères Henenberg au 3 rue de l’Hôtel de Ville. Ils choisissent comme point de passage le village de La Cure, à cheval sur la frontière, entre la commune suisse de Saint-Cergue et la commune française des Rousses (Haut-Jura). A peine passés, ils sont arrêtés par les douaniers qui les refoulent en France, en les avertissant – selon la procédure alors en vigueur – que s’ils recommencent ils les livreront aux Allemands. Les trois jeunes gens, qui n’ont quasiment plus d’argent, font une seconde tentative deux jours plus tard. Les douaniers suisses les remettent à une patrouille allemande à qui ils confient leurs faux papiers ainsi que les vrais, portant la mention « Juif ».

C’est le 15 novembre, ils sont donc arrêtés pour motif racial et internés à Besançon pendant trois semaines, puis envoyés à Drancy le 7 décembre 1943.  On leur attribue le matricule N° 9722 et le carnet de fouille 37/99 pour Henri et le matricule N° 9723 et carnet de fouille 37/98 pour Sylver. Nous n’avons pas ces informations concernant leur cousin Joseph.

Tous trois sont déportés par le convoi N° 63 pour Auschwitz le 17 décembre 1943. A leur arrivée à la gare, on leur indique qu’il faut marcher jusqu’au camp mais qu’un camion peut prendre en charge les malades. Henri, affaibli par sa tuberculose, monte dans le camion. Sylver le suit malgré les admonestations de Joseph : il ne veut pas abandonner son frère ! Ils sont emmenés directement à la chambre à gaz. Joseph Sprung échappe à ce terrible sort ; il est transféré dans d’autres camps où il reste pendant 13 mois.

En avril 1945 il parvient à se sauver de la « marche de la mort » en se cachant dans une grange où il est récupéré le lendemain par les troupes américaines. L’année suivante, il s’embarque pour l’Australie et s’installe à Melbourne. Il change son patronyme en Spring, se marie et a deux fils.

Bien plus tard, en 1998, il porte plainte auprès du Tribunal Fédéral suisse pour avoir été, en toutes connaissance de cause, livré aux Allemands avec ses deux cousins. En janvier 2000, « la plus haute juridiction suisse rejette la plainte d’un juif d’origine allemande qui blâme le gouvernement pour ses souffrances en temps de guerre -mais lui accorde l’argent qu’il a demandé. » Le tribunal considère sa requête comme tardive et non fondée juridiquement mais exprime au demandeur sa profonde compassion et ses regrets.

Cette situation crée un malaise qui pousse quelques parlementaires et des particuliers à réunir la somme de 30.000 francs suisses en guise de dons, au nom de la population helvétique en faveur de Joseph. Celui-ci remercie mais demande que la somme soit remise à quelqu’un qui en ait réellement besoin.

Rédacteurs : Georges Muller et Gérard Krebs

Sources :

– Archives SHD  Caen (caisse 40 R 1161) – BBC News du 21 janvier 2000 – photo de Sylver et son cousin Joseph en 1943 – photo de Henri (Yad Vashem) – article du « Monde » du 15 août 1998 de Jean-Claude Buhrer.
– Photo de Sylver en 1943 extraite de : http://www.wollheim-memorial.de/en/joseph_spring_1927
– Témoignage : « Ein Glück, trotz Schweiz zu leben » publié par WOZ / Die Wochenzeiitung, le 25 juin 1998 : https://www.woz.ch/einreiseversuche-in-die-schweiz-und-die-zeit-in-auschwitz/ein-glueck-trotz-schweiz-zu-leben

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HENENBERG Sylver

  • Auschwitz

  • Né le 15 janvier 1929 à Anderlecht (Bruxelles)

  • Décédé à Auschwitz en décembre 1943

Les parents de Sylver Henenberg, sont tous deux nés dans des communautés juives de Pologne. Son père, Markus Simche, dit Max, Henenberg naît à Cracovie en 1889 et sa mère Duna/Dora Weichselbaum, à Rudnik en 1896. C’est probablement juste après la première guerre mondiale qu’ils s’installent en Allemagne. Leur aîné, Adolf, dit Dolph, voit le jour à Berlin le 3 octobre 1919, suivi par Henri, le 26 janvier 1922. L’année suivante, la famille – de nationalité polonaise – émigre en Belgique où naît Sylver, le 15 janvier 1929 à Anderlecht (Bruxelles). Dans les années 1930 elle habite à Anvers, 141 Plantin en Moretuslei.

En 1939, les Henenberg accueillent la sœur de Dora, Czarna Sprung, et ses deux garçons : Joseph et Heini, qui fuient les persécutions nazies à Berlin. L’offensive allemande, sème la panique dans une grande partie de la communauté juive de Belgique. Laissant Mme Sprung auprès de son fils Heini, hospitalisé, Max et Dora Henenberg emmènent Henri, Sylver et leur neveu Joseph dans leur exil vers la France. A Arras, ils arrivent à prendre un train vers le sud. Malheureusement, celui-ci est victime d’une terrible collision. Dora Henenberg y perd ses deux jambes, la gangrène s’installe, elle meurt trois jours plus tard. Son mari doit également être amputé d’une jambe. Il rentre probablement ensuite en Belgique avec Henri et Sylver.

Blessé lui aussi, Joseph Sprung est envoyé à Lorient (Morbihan) dans un hôpital pour enfants. Il y reste 6 mois, pendant lesquels il apprend le français, puis il part retrouver sa mère et son frère à Bruxelles. Il semble que ses cousins Henri et Sylver habitent alors dans la capitale belge avec leur père, 15 rue Joseph Claes. En août 1942, lorsque les juifs ont l’obligation de se déclarer à la Kommandantur, Mme Sprung préfère passer dans la clandestinité. Elle cache son fils Heini dans un couvent catholique et pousse Joseph, âgé de 15 ans, à passer en France.

Celui-ci part avec Dolph, l’aîné des Henenberg, tous deux munis de faux papiers. Les deux cousins s’installent d’abord à Montpellier où ils vivent de petits trafics. C’est là que Joseph arrive à obtenir une carte d’identité tout à fait authentique, au nom de Joseph Dubois. Il racontera :

« Il y avait une loi française qui disait : si, par exemple, en cas de guerre, on n’est pas en mesure d’obtenir un certificat de naissance, on peut prendre deux personnes connues dans la ville comme témoins, et ensuite obtenir un certificat de naissance. C’est ce que j’ai fait. Deux personnes se sont portées garantes. C’était la mère et la grand-mère d’un ami à Montpellier, des protestantes françaises. Elles ont assuré que je venais de Metz et qu’elles me connaissaient depuis ma naissance. On écoute trop les vieux … ».

Cependant, en juillet 1943, Dolph et Joseph sont obligés de s’enfuir à Bordeaux, pour échapper aux Allemands. Joseph trouve du travail comme interprète dans une entreprise suisse construisant, pour l’organisation Todt, un bunker pour les sous-marins. De son côté, Dolph n’arrête pas de penser à ses frères, restés en Belgique. Il finit par convaincre Joseph, le seul à pouvoir voyager sans crainte grâce à ses vrais papiers d’identité, d’aller les chercher.

Ainsi, probablement à la fin de l’été 1943, Joseph prend en charge ses deux cousins : Henri qui, tuberculeux, était dans un sanatorium et Sylver, 14 ans, qui vivait avec son père. Arrivés en France, ils s’installent dans une petite commune : Le Moutchic, au bord du lac de Lacanau (Gironde). En compagnie de Dolph, les trois jeunes gens tentent de passer en Espagne au mois d’octobre. Hélas, les cols sont trop enneigés, aucun passeur ne veut tenter l’aventure.

Joseph, Henri et Sylver décident alors de passer par la Suisse. Peut-être est-ce sur leur chemin qu’ils font halte quelques temps à Nîmes, où on trouve la trace des deux frères Henenberg au 3 rue de l’Hôtel de Ville. Ils choisissent comme point de passage le village de La Cure, à cheval sur la frontière, entre la commune suisse de Saint-Cergue et la commune française des Rousses (Haut-Jura). A peine passés, ils sont arrêtés par les douaniers qui les refoulent en France, en les avertissant – selon la procédure alors en vigueur – que s’ils recommencent ils les livreront aux Allemands. Les trois jeunes gens, qui n’ont quasiment plus d’argent, font une seconde tentative deux jours plus tard. Les douaniers suisses les remettent à une patrouille allemande à qui ils confient leurs faux papiers ainsi que les vrais, portant la mention « Juif ».

C’est le 15 novembre, ils sont donc arrêtés pour motif racial et internés à Besançon pendant trois semaines, puis envoyés à Drancy le 7 décembre 1943.  On leur attribue le matricule N° 9722 et le carnet de fouille 37/99 pour Henri et le matricule N° 9723 et carnet de fouille 37/98 pour Sylver. Nous n’avons pas ces informations concernant leur cousin Joseph.

Tous trois sont déportés par le convoi N° 63 pour Auschwitz le 17 décembre 1943. A leur arrivée à la gare, on leur indique qu’il faut marcher jusqu’au camp mais qu’un camion peut prendre en charge les malades. Henri, affaibli par sa tuberculose, monte dans le camion. Sylver le suit malgré les admonestations de Joseph : il ne veut pas abandonner son frère ! Ils sont emmenés directement à la chambre à gaz. Joseph Sprung échappe à ce terrible sort ; il est transféré dans d’autres camps où il reste pendant 13 mois.

En avril 1945 il parvient à se sauver de la « marche de la mort » en se cachant dans une grange où il est récupéré le lendemain par les troupes américaines. L’année suivante, il s’embarque pour l’Australie et s’installe à Melbourne. Il change son patronyme en Spring, se marie et a deux fils.

Bien plus tard, en 1998, il porte plainte auprès du Tribunal Fédéral suisse pour avoir été, en toutes connaissance de cause, livré aux Allemands avec ses deux cousins. En janvier 2000, « la plus haute juridiction suisse rejette la plainte d’un juif d’origine allemande qui blâme le gouvernement pour ses souffrances en temps de guerre -mais lui accorde l’argent qu’il a demandé. » Le tribunal considère sa requête comme tardive et non fondée juridiquement mais exprime au demandeur sa profonde compassion et ses regrets.

Cette situation crée un malaise qui pousse quelques parlementaires et des particuliers à réunir la somme de 30.000 francs suisses en guise de dons, au nom de la population helvétique en faveur de Joseph. Celui-ci remercie mais demande que la somme soit remise à quelqu’un qui en ait réellement besoin.

Rédacteurs : Georges Muller et Gérard Krebs

Sources :

– Archives SHD  Caen (caisse 40 R 1161) – BBC News du 21 janvier 2000 – photo de Sylver et son cousin Joseph en 1943 – photo de Henri (Yad Vashem) – article du « Monde » du 15 août 1998 de Jean-Claude Buhrer.
– Photo de Sylver en 1943 extraite de : http://www.wollheim-memorial.de/en/joseph_spring_1927
– Témoignage : « Ein Glück, trotz Schweiz zu leben » publié par WOZ / Die Wochenzeiitung, le 25 juin 1998 : https://www.woz.ch/einreiseversuche-in-die-schweiz-und-die-zeit-in-auschwitz/ein-glueck-trotz-schweiz-zu-leben

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