BORNE Isaac

  • 172637 à Auschwitz et 120553 à Buchenwald

  • Né le 10 avril 1923 à Anvers –

  • Décédé le 25 janvier 2016 à Nîmes

La famille Borensztejn, originaire de Pologne, sinstalle à Anvers dans les années 1920. Le père, Zélig Borensztejn est né le 12 octobre 1891 à Lukow au sud-est de Varsovie en Pologne. Il y a fait des études religieuses et est devenu kabbaliste. Il épouse en juillet 1919, Anna Burstin, originaire elle aussi de Lukow, alors âgée de vingt ans.

Le jeune couple, fuyant les pogroms et craignant lantisémitisme montant en Europe de lEst, décide de venir sinstaller en Belgique au début des années 1920. Zélig et Anna auront 4 garçons, tous nés à Anvers : Léon, laîné en 1921 puis Isaac 10 avril 1923, Joseph 02 mai 1924 et Albert, le plus jeune, le 15 janvier 1930.

A Anvers, la famille habite dans la partie Nord de lagglomération. Le père Zélig enseigne dabord lhébreu avant de sinstaller comme cliveur chez un diamantaire dans le quartier situé près de la célèbre gare.

La famille Borensztejn est juive ashkénaze et pratiquante. Les garçons parlent yiddish en plus de lhébreu mais aussi flamand et français. Ils participent aux formations du Bund, mouvement révolutionnaire juif et laïque, à la fois parti politique et organisation de défense de la communauté juive. Dans les années 20, Anvers abrite plus de 35 000 personnes juives, soit la moitié des Juifs vivant en Belgique. Dans les années 30, la communauté juive dAnvers accueille de nombreux émigrés fuyant lAllemagne et lEurope centrale devant les dangers liés au nazisme. Beaucoup envisagent de partir vers les Etats Unis mais ce pays ferme ses frontières et ces émigrés se retrouvent piégés en Europe, espérant cependant que la neutralité belge les mettra à labri des conquêtes allemandes.

Dès 1939, avant larrivée des nazis, la famille Borensztejn quitte la Belgique. La maman, Anna, est morte prématurément cette année-là à l’âge de 36 ans. Le père, Zélig, qui sent venir des menaces lourdes du côté de lAllemagne, décide de quitter Anvers et de mettre ses fils à labri dans le Sud de la France. Il installe les quatre garçons à Carbonne, petite ville située au sud-ouest de Toulouse et continue ses activités de diamantaire en faisant des allers retours entre Anvers et Nice où il y avait une taillerie de diamants. Il confie 2 beaux diamants à un ami à Nice pour assurer lavenir de ses garçons au cas où il lui arriverait malheur. Isaac et ses trois frères, qui ne parlent pas ou peu le français, ne peuvent pas travailler et sont aidés financièrement par leur père. Ils quittent Carbonne au début 1942 pour sinstaller dabord à Toulouse puis à Montauban où les réfugiés belges sont très nombreux.

En effet, la ville de Montauban est devenue de manière surprenante le terminus pour des milliers dexilés et de réfugiés juifs venus de toute l’Europe du Nord, et en particulier des sujets belges. Montauban accueille et protège aussi dans son musée, grâce au Nîmois André Chamson, une grande partie des collections du musée du Louvre dont la Joconde.

Pendant ce temps, à Toulouse, la résistance juive sorganise. Abraham Polonski, ingénieur électricien toulousain, dit Monsieur Pol, y crée en 1941 une organisation sioniste appelée La Main forte qui apporte des secours aux réfugiés juifs en leur fournissant de faux papiers, des cachettes et des passeurs pour partir vers lEspagne.

Malgré cette résistance, l’étau se resserre.

La famille Borensztejn décide une fois de plus de fuir et vient, en avril 1942, sinstaller à Nîmes. Léon choisit de rester à Toulouse. Il y est arrêté le 21 janvier 1943, interné au camp de Gurs, transféré à Drancy le 2 mars puis déporté le 6 mars 1943 par le convoi 51 au camp de Maidanek en Pologne où il meurt pendu par les nazis.

A Nîmes, Zélig et ses trois fils sinstallent dabord rue Titus, puis rue des Lombards.  Cest alors quIsaac rencontre Odette Strubel dont le papa tient un magasin de prêt à porter près de la place Bellecroix.

Dans l’été 1942, le gouvernement de Vichy demande aux préfets de faire transporter en zone occupée tous les Israélites étrangers, réfugiés et entrés en France après le 1er janvier 1936.

Des rafles sont alors organisées en zone libre les 26, 27 et 28 août 1942, dans les régions de Limoges, Clermont-Ferrand, Lyon, Grenoble, Toulouse, Montpellier, Marseille et Nice. Hommes, femmes et enfants juifs sont arrêtés, acheminés à Drancy et déportés vers Auschwitz. Pour la seule année 1942 dans toute la France, 42.000 Juifs, en majorité étrangers, sont déportés.

A Nîmes aussi, alors que les Allemands nont pas encore envahi la zone Sud, la traque des Juifs est commencée aux ordres de Vichy. Le 21 août 1942, Isaac est arrêté avec son frère Joseph devant son domicile rue des Lombards, par un gendarme français. Le registre de la maison darrêt de Nîmes précise qu’Isaac est « apprenti diamantaire » et quil est condamné pour « abandon de résidence assignée et défaut de carte didentité étranger ».

Isaac et son frère Joseph sont condamnés et incarcérés du 22 août au 22 octobre 1942 à la maison darrêt de Nîmes, à côté du Palais de Justice.

Après deux mois de prison à Nîmes, ils sont transférés au camp de Rivesaltes.

Zélig se rend à Rivesaltes et parvient à soudoyer un gardien qui laisse Isaac et Joseph « s’évader ». Ils reviennent à Nîmes fin octobre 1942 et décident de sengager dans la résistance. Isaac prend alors le nom dEmile Borne. En avril 1943, il part avec son père et ses deux frères pour Grenoble afin dy effectuer un certain nombre de missions pour lOrganisation Juive de Combat.

Isaac et Joseph ont connu à Toulouse la Résistance juive. Celle-ci a pris de nombreuses formes et une importance parfois ignorée. De Gaulle à Londres aurait eu cette réflexion : « Jattendais la France des clochers, j’ai vu arriver celle des synagogues »

Les principales missions confiées à Isaac et Joseph consistent à convoyer des hommes et des femmes de Grenoble vers le maquis de Biques dans le Tarn, dirigé par le fondateur de lArmée Juive, Abraham Polonski. Les deux frères sont tous deux volontaires et font à plusieurs reprises le trajet de Grenoble vers le Tarn au péril de leur vie.

Ce premier maquis de lArmée Juive, installé le 15 novembre 1943 à Biques près dAlban au cœur de la Montagne Noire, est attaqué par les nazis en avril 1944 puis transféré à l’Espinassier, près de Labastide-Rouairoux.

Henri Broder, résistant, chef de maquis, assure les liaisons entre Lyon et Toulouse et participe à tous les combats du corps franc jusqu’à la Libération. Il est le cousin dOdette, et deviendra donc après la guerre et le mariage dIsaac avec Odette, le cousin dIsaac.

Terrible coup du sort, le jour de Noël 1943, des miliciens à la recherche dune autre personne perquisitionnent à Grenoble lappartement de la famille Borenstein. La présence dun thermos contenant des diamants leur parait suspecte. Ils arrêtent Zélig et ses 3 fils, Isaac, Joseph et Albert qui sont transférés à la Gestapo.

Henri Broder après la guerre a témoigné de cette arrestation et du fait que malgré les tortures, Isaac Borne na pas parlé et ne la pas dénoncé alors quil connaissait son adresse.

De Grenoble, où ils sont internés dans la prison de la Gestapo du 25 au 29 décembre 1943, Zélig et ses trois fils partent vers Drancy.  Zélig y devient le matricule 10 489. Ils y sont internés du 30 décembre jusquau 20 janvier 1944 avant d’être déportés vers Auschwitz par le convoi n°66.

Ce convoi emporte vers Auschwitz 1153 Juifs dont plus de la moitié sont de nationalité française. 614 hommes et 539 femmes dont la plus âgée a 85 ans et 81 enfants de moins de dix ans dont un bébé de 3 mois.

Le convoi arrive à Auschwitz le 23 janvier 1944 au soir. Il fait nuit. Isaac BORNE se souvient des cris, des hurlements, des projecteurs, des hommes, des femmes, des enfants effrayés, des SS et des chiens. Il faut obéir tandis que le tri implacable des SS sépare aussitôt les familles.

Albert, le petit frère âgé de 13 ans, trop jeune pour être apte au travail et Zélig, le père, sans doute considéré comme trop âgé, sont aussitôt amenés à la chambre à gaz dès leur arrivée.

Isaac garde l’immense regret de ne pas avoir pu leur dire adieu. Il faut préciser que les trois quarts des 1 153 Juifs du convoi n° 66 sont sélectionnés et gazés dès le 23 janvier 1944. De ce convoi, il ne revint que 92 personnes : 62 hommes, 30 femmes, aucun enfant, soit seulement 8 % du groupe parti de Drancy le 20 janvier 1944.

Isaac et Joseph passent la nuit entière dans les douches, tondus, désinfectés, tatoués. Isaac ne sera plus désormais qu’un numéro qu’il porte tatoué sur le bras : le matricule 172 637.

Isaac et Joseph sont envoyés vers le camp de la Buna dans un kommando de peinture qui travaille pour l’industrie de guerre.

Dans ses nombreux témoignages, Isaac évoque le visage inexpressif des SS. « Des hommes qui ne montrent ni haine, ni joie, ni compassion. Des hommes qui savent qu’ils sont les maîtres de la vie et de la mort. Des hommes qui savent qu’il n’y a personne pour les juger »,

Il précise aussi que la force lui vient de son frère Joseph. Survivre pour ne pas le laisser seul, car la tentation de mourir est une tentation facile. Les deux frères s’imposent, dans ce chaos absurde, une tenue morale et physique de tous les instants. Et chacun veille à ce que l’autre ne se laisse pas aller. Isaac Borne reconnaît que cette exigence envers eux-mêmes est peut-être ce qui les a sauvés.  Joseph était épileptique. Il n’a pas eu une seule crise pendant toute sa déportation et ce, malgré la brutalité du réveil quotidien. Mais chaque matin, Isaac a vécu avec l’angoisse qu’une crise n’envoie son frère à la chambre à gaz.

Le 27 janvier 1945, l’armée soviétique approchant d’Auschwitz, les Allemands organisent dans la précipitation l’évacuation du camp. Commence alors une marche terrible de 70 kilomètres d’Auschwitz à Gleiwitz, au cours de laquelle le froid, la neige qui tombe sans interruption, la faim, l’épuisement tuent des centaines de déportés. Puis il faut prendre le train jusqu’au camp de Buchenwald.

A l’arrivée à Buchenwald, le train est à demi rempli de morts. Isaac et Joseph sont envoyés au « petit camp » de Buchenwald.

Les premiers soldats américains arrivent à Buchenwald le 11 avril 1945 dans un camp déjà libéré par les détenus eux-mêmes. Isaac Borne se souvient avoir vu les déportés se jeter sur la nourriture. Ces squelettes vivants n’ont plus qu’une obsession : manger. Certains en meurent.

Le retour en France se fait à Paris avec l’accueil à l’hôtel Lutetia où ils sont accueillis par deux jeunes filles scoutes dont l’une d’elles les envoie chez ses parents en Normandie.

Cette jeune fille épousera par la suite Joseph. Isaac, quant à lui, rentre à Nîmes où il retrouve Odette Strubel qui l’a attendu. Ils se marient le 30 décembre 1945 et fondent une famille autour de leur fils Michel et leur fille Corinne.

Isaac et Joseph demande alors la nationalité française qu’ils obtiennent en mai 1948, ainsi que leur nouveau patronyme, pour franciser notre nom, pour ne pas revivre la chasse au juif, témoigne Isaac.

Isaac témoigne alors dans les établissements scolaires et devient président du centre communautaire Sarah et Aimé Grumbach.

Isaac se voit attribuer le titre de déporté résistant le 10 février 2005.

Il est décoré pour fait de résistance et médaillé de la Ville de Paris puis fait chevalier de l’Ordre de la Légion d’Honneur en 2009.

Il décède à Nîmes le 25 janvier 2016

Francine Cabane et Jean-Paul Boré

Sources :

Vous avez un complément d’informations ? N’hésitez pas nous le faire savoir.

BORNE Isaac

  • 172637 à Auschwitz et 120553 à Buchenwald

  • Né le 10 avril 1923 à Anvers –

  • Décédé le 25 janvier 2016 à Nîmes

La famille Borensztejn, originaire de Pologne, sinstalle à Anvers dans les années 1920. Le père, Zélig Borensztejn est né le 12 octobre 1891 à Lukow au sud-est de Varsovie en Pologne. Il y a fait des études religieuses et est devenu kabbaliste. Il épouse en juillet 1919, Anna Burstin, originaire elle aussi de Lukow, alors âgée de vingt ans.

Le jeune couple, fuyant les pogroms et craignant lantisémitisme montant en Europe de lEst, décide de venir sinstaller en Belgique au début des années 1920. Zélig et Anna auront 4 garçons, tous nés à Anvers : Léon, laîné en 1921 puis Isaac 10 avril 1923, Joseph 02 mai 1924 et Albert, le plus jeune, le 15 janvier 1930.

A Anvers, la famille habite dans la partie Nord de lagglomération. Le père Zélig enseigne dabord lhébreu avant de sinstaller comme cliveur chez un diamantaire dans le quartier situé près de la célèbre gare.

La famille Borensztejn est juive ashkénaze et pratiquante. Les garçons parlent yiddish en plus de lhébreu mais aussi flamand et français. Ils participent aux formations du Bund, mouvement révolutionnaire juif et laïque, à la fois parti politique et organisation de défense de la communauté juive. Dans les années 20, Anvers abrite plus de 35 000 personnes juives, soit la moitié des Juifs vivant en Belgique. Dans les années 30, la communauté juive dAnvers accueille de nombreux émigrés fuyant lAllemagne et lEurope centrale devant les dangers liés au nazisme. Beaucoup envisagent de partir vers les Etats Unis mais ce pays ferme ses frontières et ces émigrés se retrouvent piégés en Europe, espérant cependant que la neutralité belge les mettra à labri des conquêtes allemandes.

Dès 1939, avant larrivée des nazis, la famille Borensztejn quitte la Belgique. La maman, Anna, est morte prématurément cette année-là à l’âge de 36 ans. Le père, Zélig, qui sent venir des menaces lourdes du côté de lAllemagne, décide de quitter Anvers et de mettre ses fils à labri dans le Sud de la France. Il installe les quatre garçons à Carbonne, petite ville située au sud-ouest de Toulouse et continue ses activités de diamantaire en faisant des allers retours entre Anvers et Nice où il y avait une taillerie de diamants. Il confie 2 beaux diamants à un ami à Nice pour assurer lavenir de ses garçons au cas où il lui arriverait malheur. Isaac et ses trois frères, qui ne parlent pas ou peu le français, ne peuvent pas travailler et sont aidés financièrement par leur père. Ils quittent Carbonne au début 1942 pour sinstaller dabord à Toulouse puis à Montauban où les réfugiés belges sont très nombreux.

En effet, la ville de Montauban est devenue de manière surprenante le terminus pour des milliers dexilés et de réfugiés juifs venus de toute l’Europe du Nord, et en particulier des sujets belges. Montauban accueille et protège aussi dans son musée, grâce au Nîmois André Chamson, une grande partie des collections du musée du Louvre dont la Joconde.

Pendant ce temps, à Toulouse, la résistance juive sorganise. Abraham Polonski, ingénieur électricien toulousain, dit Monsieur Pol, y crée en 1941 une organisation sioniste appelée La Main forte qui apporte des secours aux réfugiés juifs en leur fournissant de faux papiers, des cachettes et des passeurs pour partir vers lEspagne.

Malgré cette résistance, l’étau se resserre.

La famille Borensztejn décide une fois de plus de fuir et vient, en avril 1942, sinstaller à Nîmes. Léon choisit de rester à Toulouse. Il y est arrêté le 21 janvier 1943, interné au camp de Gurs, transféré à Drancy le 2 mars puis déporté le 6 mars 1943 par le convoi 51 au camp de Maidanek en Pologne où il meurt pendu par les nazis.

A Nîmes, Zélig et ses trois fils sinstallent dabord rue Titus, puis rue des Lombards.  Cest alors quIsaac rencontre Odette Strubel dont le papa tient un magasin de prêt à porter près de la place Bellecroix.

Dans l’été 1942, le gouvernement de Vichy demande aux préfets de faire transporter en zone occupée tous les Israélites étrangers, réfugiés et entrés en France après le 1er janvier 1936.

Des rafles sont alors organisées en zone libre les 26, 27 et 28 août 1942, dans les régions de Limoges, Clermont-Ferrand, Lyon, Grenoble, Toulouse, Montpellier, Marseille et Nice. Hommes, femmes et enfants juifs sont arrêtés, acheminés à Drancy et déportés vers Auschwitz. Pour la seule année 1942 dans toute la France, 42.000 Juifs, en majorité étrangers, sont déportés.

A Nîmes aussi, alors que les Allemands nont pas encore envahi la zone Sud, la traque des Juifs est commencée aux ordres de Vichy. Le 21 août 1942, Isaac est arrêté avec son frère Joseph devant son domicile rue des Lombards, par un gendarme français. Le registre de la maison darrêt de Nîmes précise qu’Isaac est « apprenti diamantaire » et quil est condamné pour « abandon de résidence assignée et défaut de carte didentité étranger ».

Isaac et son frère Joseph sont condamnés et incarcérés du 22 août au 22 octobre 1942 à la maison darrêt de Nîmes, à côté du Palais de Justice.

Après deux mois de prison à Nîmes, ils sont transférés au camp de Rivesaltes.

Zélig se rend à Rivesaltes et parvient à soudoyer un gardien qui laisse Isaac et Joseph « s’évader ». Ils reviennent à Nîmes fin octobre 1942 et décident de sengager dans la résistance. Isaac prend alors le nom dEmile Borne. En avril 1943, il part avec son père et ses deux frères pour Grenoble afin dy effectuer un certain nombre de missions pour lOrganisation Juive de Combat.

Isaac et Joseph ont connu à Toulouse la Résistance juive. Celle-ci a pris de nombreuses formes et une importance parfois ignorée. De Gaulle à Londres aurait eu cette réflexion : « Jattendais la France des clochers, j’ai vu arriver celle des synagogues »

Les principales missions confiées à Isaac et Joseph consistent à convoyer des hommes et des femmes de Grenoble vers le maquis de Biques dans le Tarn, dirigé par le fondateur de lArmée Juive, Abraham Polonski. Les deux frères sont tous deux volontaires et font à plusieurs reprises le trajet de Grenoble vers le Tarn au péril de leur vie.

Ce premier maquis de lArmée Juive, installé le 15 novembre 1943 à Biques près dAlban au cœur de la Montagne Noire, est attaqué par les nazis en avril 1944 puis transféré à l’Espinassier, près de Labastide-Rouairoux.

Henri Broder, résistant, chef de maquis, assure les liaisons entre Lyon et Toulouse et participe à tous les combats du corps franc jusqu’à la Libération. Il est le cousin dOdette, et deviendra donc après la guerre et le mariage dIsaac avec Odette, le cousin dIsaac.

Terrible coup du sort, le jour de Noël 1943, des miliciens à la recherche dune autre personne perquisitionnent à Grenoble lappartement de la famille Borenstein. La présence dun thermos contenant des diamants leur parait suspecte. Ils arrêtent Zélig et ses 3 fils, Isaac, Joseph et Albert qui sont transférés à la Gestapo.

Henri Broder après la guerre a témoigné de cette arrestation et du fait que malgré les tortures, Isaac Borne na pas parlé et ne la pas dénoncé alors quil connaissait son adresse.

De Grenoble, où ils sont internés dans la prison de la Gestapo du 25 au 29 décembre 1943, Zélig et ses trois fils partent vers Drancy.  Zélig y devient le matricule 10 489. Ils y sont internés du 30 décembre jusquau 20 janvier 1944 avant d’être déportés vers Auschwitz par le convoi n°66.

Ce convoi emporte vers Auschwitz 1153 Juifs dont plus de la moitié sont de nationalité française. 614 hommes et 539 femmes dont la plus âgée a 85 ans et 81 enfants de moins de dix ans dont un bébé de 3 mois.

Le convoi arrive à Auschwitz le 23 janvier 1944 au soir. Il fait nuit. Isaac BORNE se souvient des cris, des hurlements, des projecteurs, des hommes, des femmes, des enfants effrayés, des SS et des chiens. Il faut obéir tandis que le tri implacable des SS sépare aussitôt les familles.

Albert, le petit frère âgé de 13 ans, trop jeune pour être apte au travail et Zélig, le père, sans doute considéré comme trop âgé, sont aussitôt amenés à la chambre à gaz dès leur arrivée.

Isaac garde l’immense regret de ne pas avoir pu leur dire adieu. Il faut préciser que les trois quarts des 1 153 Juifs du convoi n° 66 sont sélectionnés et gazés dès le 23 janvier 1944. De ce convoi, il ne revint que 92 personnes : 62 hommes, 30 femmes, aucun enfant, soit seulement 8 % du groupe parti de Drancy le 20 janvier 1944.

Isaac et Joseph passent la nuit entière dans les douches, tondus, désinfectés, tatoués. Isaac ne sera plus désormais qu’un numéro qu’il porte tatoué sur le bras : le matricule 172 637.

Isaac et Joseph sont envoyés vers le camp de la Buna dans un kommando de peinture qui travaille pour l’industrie de guerre.

Dans ses nombreux témoignages, Isaac évoque le visage inexpressif des SS. « Des hommes qui ne montrent ni haine, ni joie, ni compassion. Des hommes qui savent qu’ils sont les maîtres de la vie et de la mort. Des hommes qui savent qu’il n’y a personne pour les juger »,

Il précise aussi que la force lui vient de son frère Joseph. Survivre pour ne pas le laisser seul, car la tentation de mourir est une tentation facile. Les deux frères s’imposent, dans ce chaos absurde, une tenue morale et physique de tous les instants. Et chacun veille à ce que l’autre ne se laisse pas aller. Isaac Borne reconnaît que cette exigence envers eux-mêmes est peut-être ce qui les a sauvés.  Joseph était épileptique. Il n’a pas eu une seule crise pendant toute sa déportation et ce, malgré la brutalité du réveil quotidien. Mais chaque matin, Isaac a vécu avec l’angoisse qu’une crise n’envoie son frère à la chambre à gaz.

Le 27 janvier 1945, l’armée soviétique approchant d’Auschwitz, les Allemands organisent dans la précipitation l’évacuation du camp. Commence alors une marche terrible de 70 kilomètres d’Auschwitz à Gleiwitz, au cours de laquelle le froid, la neige qui tombe sans interruption, la faim, l’épuisement tuent des centaines de déportés. Puis il faut prendre le train jusqu’au camp de Buchenwald.

A l’arrivée à Buchenwald, le train est à demi rempli de morts. Isaac et Joseph sont envoyés au « petit camp » de Buchenwald.

Les premiers soldats américains arrivent à Buchenwald le 11 avril 1945 dans un camp déjà libéré par les détenus eux-mêmes. Isaac Borne se souvient avoir vu les déportés se jeter sur la nourriture. Ces squelettes vivants n’ont plus qu’une obsession : manger. Certains en meurent.

Le retour en France se fait à Paris avec l’accueil à l’hôtel Lutetia où ils sont accueillis par deux jeunes filles scoutes dont l’une d’elles les envoie chez ses parents en Normandie.

Cette jeune fille épousera par la suite Joseph. Isaac, quant à lui, rentre à Nîmes où il retrouve Odette Strubel qui l’a attendu. Ils se marient le 30 décembre 1945 et fondent une famille autour de leur fils Michel et leur fille Corinne.

Isaac et Joseph demande alors la nationalité française qu’ils obtiennent en mai 1948, ainsi que leur nouveau patronyme, pour franciser notre nom, pour ne pas revivre la chasse au juif, témoigne Isaac.

Isaac témoigne alors dans les établissements scolaires et devient président du centre communautaire Sarah et Aimé Grumbach.

Isaac se voit attribuer le titre de déporté résistant le 10 février 2005.

Il est décoré pour fait de résistance et médaillé de la Ville de Paris puis fait chevalier de l’Ordre de la Légion d’Honneur en 2009.

Il décède à Nîmes le 25 janvier 2016

Francine Cabane et Jean-Paul Boré

Sources :

Vous avez un complément d’informations ? N’hésitez pas nous le faire savoir.