RECHERCHEZ
Louis Bagato naît le 24 septembre 1924[1] à Saint-Martin-de-Valgalgues dans le pays minier gardois. Ses parents : Luigi, son père né le 10 mai 1894 et sa mère Anne Boscariol née le 12 juin 1899 sont originaires de San Vito al Tagliamento dans le Frioul Italien. Ils se marient en 1919, ont deux enfants Sévérino en 1920 et Maria en 1922 avant d’émigrer en France en 1923. Luigi trouve un emploi de manœuvre à la société des houillères de Rochebelle ; logée dans un baraquement à l’Espinette, un quartier de St Martin-de-Valgalgues, la famille Bagato s’agrandit : Louis en 1924, Robert en 1926, Ernesto en 1928 et Giamina (Gemma) en 1932. Sur l’état civil ils sont notés sujet italien.
Le 23 novembre 1940, après 17 ans passés en France[2] la famille Bagato repart à San Vito où elle possède une modeste maison et un coin de terre. Peuvent être évoqués : l’encouragement au retour des migrants dès 1938 par le régime fasciste, l’entrée en guerre de l’Italie le 10 juin 1940 « accusés d’un coup de poignard dans le dos… rend leur situation très inconfortable[3]. » À Nîmes le quotidien Le Républicain du Gard du 11 juin 1940 publie un article « Avis aux Italiens » signé par le préfet du Gard, le 12 juin nouvel article à propos de deux manifestations de la jeunesse nîmoise contre l’Italie, le 13 juin un autre sur le recensement des Italiens, nombreux « sont les Italiens qui déclarent leur loyalisme envers la France »[4].
Louis Bagato est ouvrier agricole (travailleur sans terre). Antifasciste il s’engage dans le groupe de partisans de San Vito. Il est arrêté au lendemain de ses 20 ans, le 25 septembre 1944 à Ligugnano, localité proche de San Vito al Tagliamento. Conduit à Trieste il est déporté au KL de Dachau. À son arrivée le 5 octobre le matricule 112 780 lui est attribué ; il est qualifié de « prisonnier préventif » ; après la période de quarantaine il est dirigé sur le KL de Hamburg-Neuengamme, dans ce convoi figurent plus de 370 Italiens arrêtés dans le Nord de l’Italie. Arrivé à Neuengamme le 22 octobre 1944, il reçoit le matricule 62452. Sous l’étiquette d' »ouvrier non qualifié » il est transféré au camp extérieur de Meppen-Versen où il est employé pour le compte de l’entreprise Hochtief à la construction de fortifications et de tranchées anti-chars (« Mur de la Frise ») destiné à protéger les régions côtières de tout le nord de l’Allemagne[5].
Manque de nourriture ou/et mauvais traitements, Louis Bagato meurt le 16 janvier 1945.
Selon le témoignage d’un membre de la famille Louis était un jeune homme intelligent, musicien, il jouait de l’accordéon.
« CADDERO RIBELLI PER AMORE DELLE TUA LIBERTAD » « Rebelles ils sont tombés pour l’amour de ta Liberté » sont les mots gravés sur le mémorial de San Vito où il est inscrit. Une pierre d’inciampo (Stolpersteine ou pavé de mémoire) a été scellée devant le domicile familial via Dogna à Rosa San Vito.
Dans les archives allemandes Arolsen figurent les autres membres de la famille Bagato : Luigi Bagato, père, est dans un camp de travail à Wartenberg-Berlin le 3 avril 1941, déclaré maçon en mars 1942, il a une assurance maladie. Le 5 décembre 1942 il a un Ausweiss pour un congé de sept semaines suite à une blessure sur son lieu de travail à Bochum-Werne dans la Ruhr. Seuls Ernesto et Giamina sont alors notés comme enfants à charge dans son dossier. Anna Boscariol, la mère ainsi qu’Ernesto et Giamina sont inscrits en tant que travailleurs italiens dans une fabrique de sucre du 6 juillet 1942 au 31 mai 1943. Severino l’aîné est dans un camp de travail à Stralsund en Poméranie[6].
Seul Robert, à cause de sa santé fragile, échappe au travail obligatoire.
Après-guerre la famille Bagato revient vivre dans le Gard.
Monique Vézilier
Remerciement particulier à Louis Pasqualini, membre de la famille Bagato, entretien du 16 juillet 2025.
[1] Mairie de Saint Martin de Valgalgues, Etat civil
[2] https://collections.arolsen-archives.org/de/document/75971371
[3] Stéphane Mourlane, Maître de conférences en histoire contemporaine, Université d’Aix-Marseille (Janv. 2017) Musée de l’histoire de l’immigration Palais de la Porte Dorée.
[4] Archives départementales du Gard
[5] Tom Kuhn KZ-Gedenkstätte Neuengamme <neuengamme@gedenkstaetten.hamburg.de>
[6] Arolsen
RECHERCHEZ
Louis Bagato naît le 24 septembre 1924[1] à Saint-Martin-de-Valgalgues dans le pays minier gardois. Ses parents : Luigi, son père né le 10 mai 1894 et sa mère Anne Boscariol née le 12 juin 1899 sont originaires de San Vito al Tagliamento dans le Frioul Italien. Ils se marient en 1919, ont deux enfants Sévérino en 1920 et Maria en 1922 avant d’émigrer en France en 1923. Luigi trouve un emploi de manœuvre à la société des houillères de Rochebelle ; logée dans un baraquement à l’Espinette, un quartier de St Martin-de-Valgalgues, la famille Bagato s’agrandit : Louis en 1924, Robert en 1926, Ernesto en 1928 et Giamina (Gemma) en 1932. Sur l’état civil ils sont notés sujet italien.
Le 23 novembre 1940, après 17 ans passés en France[2] la famille Bagato repart à San Vito où elle possède une modeste maison et un coin de terre. Peuvent être évoqués : l’encouragement au retour des migrants dès 1938 par le régime fasciste, l’entrée en guerre de l’Italie le 10 juin 1940 « accusés d’un coup de poignard dans le dos… rend leur situation très inconfortable[3]. » À Nîmes le quotidien Le Républicain du Gard du 11 juin 1940 publie un article « Avis aux Italiens » signé par le préfet du Gard, le 12 juin nouvel article à propos de deux manifestations de la jeunesse nîmoise contre l’Italie, le 13 juin un autre sur le recensement des Italiens, nombreux « sont les Italiens qui déclarent leur loyalisme envers la France »[4].
Louis Bagato est ouvrier agricole (travailleur sans terre). Antifasciste il s’engage dans le groupe de partisans de San Vito. Il est arrêté au lendemain de ses 20 ans, le 25 septembre 1944 à Ligugnano, localité proche de San Vito al Tagliamento. Conduit à Trieste il est déporté au KL de Dachau. À son arrivée le 5 octobre le matricule 112 780 lui est attribué ; il est qualifié de « prisonnier préventif » ; après la période de quarantaine il est dirigé sur le KL de Hamburg-Neuengamme, dans ce convoi figurent plus de 370 Italiens arrêtés dans le Nord de l’Italie. Arrivé à Neuengamme le 22 octobre 1944, il reçoit le matricule 62452. Sous l’étiquette d' »ouvrier non qualifié » il est transféré au camp extérieur de Meppen-Versen où il est employé pour le compte de l’entreprise Hochtief à la construction de fortifications et de tranchées anti-chars (« Mur de la Frise ») destiné à protéger les régions côtières de tout le nord de l’Allemagne[5].
Manque de nourriture ou/et mauvais traitements, Louis Bagato meurt le 16 janvier 1945.
Selon le témoignage d’un membre de la famille Louis était un jeune homme intelligent, musicien, il jouait de l’accordéon.
« CADDERO RIBELLI PER AMORE DELLE TUA LIBERTAD » « Rebelles ils sont tombés pour l’amour de ta Liberté » sont les mots gravés sur le mémorial de San Vito où il est inscrit. Une pierre d’inciampo (Stolpersteine ou pavé de mémoire) a été scellée devant le domicile familial via Dogna à Rosa San Vito.
Dans les archives allemandes Arolsen figurent les autres membres de la famille Bagato : Luigi Bagato, père, est dans un camp de travail à Wartenberg-Berlin le 3 avril 1941, déclaré maçon en mars 1942, il a une assurance maladie. Le 5 décembre 1942 il a un Ausweiss pour un congé de sept semaines suite à une blessure sur son lieu de travail à Bochum-Werne dans la Ruhr. Seuls Ernesto et Giamina sont alors notés comme enfants à charge dans son dossier. Anna Boscariol, la mère ainsi qu’Ernesto et Giamina sont inscrits en tant que travailleurs italiens dans une fabrique de sucre du 6 juillet 1942 au 31 mai 1943. Severino l’aîné est dans un camp de travail à Stralsund en Poméranie[6].
Seul Robert, à cause de sa santé fragile, échappe au travail obligatoire.
Après-guerre la famille Bagato revient vivre dans le Gard.
Monique Vézilier
Remerciement particulier à Louis Pasqualini, membre de la famille Bagato, entretien du 16 juillet 2025.
[1] Mairie de Saint Martin de Valgalgues, Etat civil
[2] https://collections.arolsen-archives.org/de/document/75971371
[3] Stéphane Mourlane, Maître de conférences en histoire contemporaine, Université d’Aix-Marseille (Janv. 2017) Musée de l’histoire de l’immigration Palais de la Porte Dorée.
[4] Archives départementales du Gard
[5] Tom Kuhn KZ-Gedenkstätte Neuengamme <neuengamme@gedenkstaetten.hamburg.de>
[6] Arolsen