RECHERCHEZ
Le père d’Auguste, Sylvain Valadier, prénommé également Auguste, est né à Coucouron en Ardèche en 1872. Quand il épouse Rosalie Cédat en avril 1895 à Pradelles en Haute-Loire, il est cultivateur, âgé de 23 ans. Rosalie en a 27. Ils ont un premier fils, Baptiste, Adrien, né le 3 mai 1904.
Auguste, leur deuxième fils, naît le 26 mars 1909, dans la cité minière du Gard, La Grand Combe. Leur père, y est devenu manœuvre, probablement affecté à la mine. Le domicile de la famille est situé dans la ville, 43 rue de la Clède. L’enfant n’a que deux ans lorsque sa mère meurt le 31 août 1911. Veuf, son père se remarie, en octobre 1917, avec Imma Viala, âgée de 22 ans qui va donc élever les deux garçons. Baptiste, l’aîné, décédera de tuberculose en 1925, à 21 ans.
Comme beaucoup d’enfants de la région, Auguste entre très tôt à la Compagnie des Mines de la Grand Combe, à l’âge de 13 ans. Il y travaille encore quand il se marie le 26 juin 1935 – à 26 ans – dans la commune de Laval (Gard), avec Jacqueline Rota, âgée de 19 ans, d’origine italienne, dont il aura deux enfants, Jocelyn né le 28 juin 1936 et Josiane née le 7 décembre 1940. Ils résident eux aussi à la Grand Combe, dans la maison familiale de la rue de la Clède.
Auguste reste à la mine jusqu’en 1942, date à laquelle il part travailler en Allemagne où son salaire sera meilleur. S’il devient « travailleur volontaire au titre de la relève », ce n’est pas par choix idéologique. Car le 5 septembre 1941 il a été condamné par le tribunal d’Alès à 4 mois de prison et 1.200 Francs d’amende pour : « propos séditieux et offense au chef de l’État ».
Ainsi, en décembre 1942, Auguste signe à Alès son « Certificat d’Embauchage », sans avoir alors besoin d’un passeport pour se rendre en Allemagne. Logé au Lager de Rabenhoret, à Essen-Borbek dans la Rhur, il a en poche un contrat de conducteur de grue d’une durée de douze mois qui le conduit à travailler dans les usines de Fried Krupp à Essen. Il rentre pour quelques jours chez lui en novembre 1943, puis repart en Allemagne où son contrat semble être prolongé. La dernière lettre qu’il adresse à son épouse est datée du 17 mai 1944 ; elle n’aura plus de nouvelles de lui.
En effet, avant de rentrer en France, Auguste a fait une demande de passeport afin d’être muni de ce document pour son retour. Hélas, à cette occasion, les autorités françaises mènent une enquête de routine sur son passé (1) et communiquent aux Allemands ses antécédents judiciaires. Cela lui vaut sans doute d’être dès lors surveillé de très près par ces derniers. Devenu suspect, il est bientôt victime de la politique de Schutzhaft (2). Détenu à Mülheim (Ruhr), proche de son travail, il est déporté le 30 septembre 1944 au camp de concentration de Sachsenhausen avec le matricule 104959, puis transféré à Buchenwald en tant que « Politique ».
Il passe par Neuengamme entre le 4 novembre et le 16 décembre 1944, avant d’être réadmis à Sachsenhausen le 19 décembre 1944, puis transféré à nouveau Buchenwald en février 1945 et enregistré sous le matricule 11893. Après un séjour au Revier (infirmerie), il rejoint le chantier B2, dans une annexe du camp de Buchenwald, située à Langenstein, dans une vallée isolée au pied de la colline du Zwieberge, à quelques kilomètres de la ville de Halberstadt. Le Kommando de Langenstein (3) est implanté dans les montagnes du Hartz et les détenus y effectuent des travaux épuisants de creusement de galeries et de terrassement.
Un autre déporté, le narbonnais Roger Dedieu, témoignera qu’Auguste est décédé de pneumonie et de cachexie le 17 avril 1945 à Langenstein. La libération du camp a débuté peu avant, elle s’est déroulée du 10/11 avril au 18/19.
Après confirmation du décès d’Auguste Valadier par le Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre en décembre 1946, sa veuve Jacqueline entreprend des recherches auprès du Tribunal Militaire de Nuremberg et de la Croix Rouge pour connaître les circonstances de la disparition de son époux. Elle n’obtiendra pas de renseignements supplémentaires sur le « Non Rentré » Valadier.
Jacqueline Valadier se remarie à la Grand Combe en janvier 1959 avec Henri-Jean Troullier et décède en 1996.
Rédacteurs : Marie Balta, Gérard Krebs
(1) Le formulaire prévoit d’indiquer les mentions figurant aux Archives des Renseignements Généraux, aux Affaires Juives, aux Sommiers Judiciaires (c’est-à-dire les fiches de polices) et aux Archives de la Police Judiciaire.
(2) Cf. Wikipédia : « Par l’euphémisme Schutzhaft, litt. détention de protection ou détention conservatoire […], fut désignée, à l’époque nazie, une pratique arbitraire consistant à mettre en détention des opposants au régime ou d’autres personnes indésirables, pour les transférer ensuite dans des camps de concentration. […] L’instauration de la Schutzhaft mit en branle un processus visant à la mise à l’écart totale de la justice ordinaire, processus interrompu seulement après la liquidation du régime nazi lui-même. La puissance publique se trouvait tout entière aux mains de la Gestapo et de la SS, que plus rien n’entravait dans leur dessein de renforcer le système de répression contre les dissidents et de mettre en œuvre l’idéologie national-socialiste. »
(3) Extrait de Mémoires Vivantes. AFMD n° 35, octobre 2002 : BUCHENWALD : « Speer, en accord avec la SS, décide la construction de trois séries d’usines souterraines secrètes, à savoir : l’opération « Malachite », dans les collines gréseuses des Theckenberge, « Maquereau » dans les Klugsberge, au profit de l’avionneur Junker, et « Alose » dans les Hoppelsberge, au profit de Krupp. Le nom complet du Kommando est : Langenstein- Zwieberge. Le premier transport part de Buchenwald pour Langenstein le 20 avril 1944 avec dix-sept détenus dont aucun ne reviendra. Peu à peu des dizaines de milliers de détenus de Buchenwald, Sachsenhausen et Neuengamme partent pour Langenstein. Dans des conditions terribles, ils doivent creuser 17 000 m de galeries et construire des halls de production souterrains couvrant une superficie de 60 000 m2. Au cours de l’hiver 1944-45 la mortalité́ atteint des sommets. L’effectif est néanmoins maintenu à 5 000 personnes grâce à l’arrivée incessante de nouveaux renforts destinés à remplacer les morts. Langenstein est un Kommando redouté à Buchenwald ».
Sources :
Archives de Caen : dossier n° 21 P 546013, dont photo (retouchée)
Etat Civil
Site Geneanet : arbre collaboratif des familles du Gard.
Memorial Genweb
https://fr.wikipedia.org/wiki/Langenstein-Zwieberge ou https://asso-buchenwald-dora.com/le-camp-de-buchenwald/langenstein/
asso-buchenwald-dora.com : Extrait du Mémorial. Article de Paul Le Goupil et Bertrand Herz : Le Kommando de Langenstein.
RECHERCHEZ
Le père d’Auguste, Sylvain Valadier, prénommé également Auguste, est né à Coucouron en Ardèche en 1872. Quand il épouse Rosalie Cédat en avril 1895 à Pradelles en Haute-Loire, il est cultivateur, âgé de 23 ans. Rosalie en a 27. Ils ont un premier fils, Baptiste, Adrien, né le 3 mai 1904.
Auguste, leur deuxième fils, naît le 26 mars 1909, dans la cité minière du Gard, La Grand Combe. Leur père, y est devenu manœuvre, probablement affecté à la mine. Le domicile de la famille est situé dans la ville, 43 rue de la Clède. L’enfant n’a que deux ans lorsque sa mère meurt le 31 août 1911. Veuf, son père se remarie, en octobre 1917, avec Imma Viala, âgée de 22 ans qui va donc élever les deux garçons. Baptiste, l’aîné, décédera de tuberculose en 1925, à 21 ans.
Comme beaucoup d’enfants de la région, Auguste entre très tôt à la Compagnie des Mines de la Grand Combe, à l’âge de 13 ans. Il y travaille encore quand il se marie le 26 juin 1935 – à 26 ans – dans la commune de Laval (Gard), avec Jacqueline Rota, âgée de 19 ans, d’origine italienne, dont il aura deux enfants, Jocelyn né le 28 juin 1936 et Josiane née le 7 décembre 1940. Ils résident eux aussi à la Grand Combe, dans la maison familiale de la rue de la Clède.
Auguste reste à la mine jusqu’en 1942, date à laquelle il part travailler en Allemagne où son salaire sera meilleur. S’il devient « travailleur volontaire au titre de la relève », ce n’est pas par choix idéologique. Car le 5 septembre 1941 il a été condamné par le tribunal d’Alès à 4 mois de prison et 1.200 Francs d’amende pour : « propos séditieux et offense au chef de l’État ».
Ainsi, en décembre 1942, Auguste signe à Alès son « Certificat d’Embauchage », sans avoir alors besoin d’un passeport pour se rendre en Allemagne. Logé au Lager de Rabenhoret, à Essen-Borbek dans la Rhur, il a en poche un contrat de conducteur de grue d’une durée de douze mois qui le conduit à travailler dans les usines de Fried Krupp à Essen. Il rentre pour quelques jours chez lui en novembre 1943, puis repart en Allemagne où son contrat semble être prolongé. La dernière lettre qu’il adresse à son épouse est datée du 17 mai 1944 ; elle n’aura plus de nouvelles de lui.
En effet, avant de rentrer en France, Auguste a fait une demande de passeport afin d’être muni de ce document pour son retour. Hélas, à cette occasion, les autorités françaises mènent une enquête de routine sur son passé (1) et communiquent aux Allemands ses antécédents judiciaires. Cela lui vaut sans doute d’être dès lors surveillé de très près par ces derniers. Devenu suspect, il est bientôt victime de la politique de Schutzhaft (2). Détenu à Mülheim (Ruhr), proche de son travail, il est déporté le 30 septembre 1944 au camp de concentration de Sachsenhausen avec le matricule 104959, puis transféré à Buchenwald en tant que « Politique ».
Il passe par Neuengamme entre le 4 novembre et le 16 décembre 1944, avant d’être réadmis à Sachsenhausen le 19 décembre 1944, puis transféré à nouveau Buchenwald en février 1945 et enregistré sous le matricule 11893. Après un séjour au Revier (infirmerie), il rejoint le chantier B2, dans une annexe du camp de Buchenwald, située à Langenstein, dans une vallée isolée au pied de la colline du Zwieberge, à quelques kilomètres de la ville de Halberstadt. Le Kommando de Langenstein (3) est implanté dans les montagnes du Hartz et les détenus y effectuent des travaux épuisants de creusement de galeries et de terrassement.
Un autre déporté, le narbonnais Roger Dedieu, témoignera qu’Auguste est décédé de pneumonie et de cachexie le 17 avril 1945 à Langenstein. La libération du camp a débuté peu avant, elle s’est déroulée du 10/11 avril au 18/19.
Après confirmation du décès d’Auguste Valadier par le Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre en décembre 1946, sa veuve Jacqueline entreprend des recherches auprès du Tribunal Militaire de Nuremberg et de la Croix Rouge pour connaître les circonstances de la disparition de son époux. Elle n’obtiendra pas de renseignements supplémentaires sur le « Non Rentré » Valadier.
Jacqueline Valadier se remarie à la Grand Combe en janvier 1959 avec Henri-Jean Troullier et décède en 1996.
Rédacteurs : Marie Balta, Gérard Krebs
(1) Le formulaire prévoit d’indiquer les mentions figurant aux Archives des Renseignements Généraux, aux Affaires Juives, aux Sommiers Judiciaires (c’est-à-dire les fiches de polices) et aux Archives de la Police Judiciaire.
(2) Cf. Wikipédia : « Par l’euphémisme Schutzhaft, litt. détention de protection ou détention conservatoire […], fut désignée, à l’époque nazie, une pratique arbitraire consistant à mettre en détention des opposants au régime ou d’autres personnes indésirables, pour les transférer ensuite dans des camps de concentration. […] L’instauration de la Schutzhaft mit en branle un processus visant à la mise à l’écart totale de la justice ordinaire, processus interrompu seulement après la liquidation du régime nazi lui-même. La puissance publique se trouvait tout entière aux mains de la Gestapo et de la SS, que plus rien n’entravait dans leur dessein de renforcer le système de répression contre les dissidents et de mettre en œuvre l’idéologie national-socialiste. »
(3) Extrait de Mémoires Vivantes. AFMD n° 35, octobre 2002 : BUCHENWALD : « Speer, en accord avec la SS, décide la construction de trois séries d’usines souterraines secrètes, à savoir : l’opération « Malachite », dans les collines gréseuses des Theckenberge, « Maquereau » dans les Klugsberge, au profit de l’avionneur Junker, et « Alose » dans les Hoppelsberge, au profit de Krupp. Le nom complet du Kommando est : Langenstein- Zwieberge. Le premier transport part de Buchenwald pour Langenstein le 20 avril 1944 avec dix-sept détenus dont aucun ne reviendra. Peu à peu des dizaines de milliers de détenus de Buchenwald, Sachsenhausen et Neuengamme partent pour Langenstein. Dans des conditions terribles, ils doivent creuser 17 000 m de galeries et construire des halls de production souterrains couvrant une superficie de 60 000 m2. Au cours de l’hiver 1944-45 la mortalité́ atteint des sommets. L’effectif est néanmoins maintenu à 5 000 personnes grâce à l’arrivée incessante de nouveaux renforts destinés à remplacer les morts. Langenstein est un Kommando redouté à Buchenwald ».
Sources :
Archives de Caen : dossier n° 21 P 546013, dont photo (retouchée)
Etat Civil
Site Geneanet : arbre collaboratif des familles du Gard.
Memorial Genweb
https://fr.wikipedia.org/wiki/Langenstein-Zwieberge ou https://asso-buchenwald-dora.com/le-camp-de-buchenwald/langenstein/
asso-buchenwald-dora.com : Extrait du Mémorial. Article de Paul Le Goupil et Bertrand Herz : Le Kommando de Langenstein.



