CARDONA José

  • 73292 Dachau

  • Né le 19 mars 1911 à Rosell (Espagne)

  • Décédé le 4 mars 1989 à Vauvert (Gard)

C’est à Rosell, village de la province de Castellón (1), que naît Josep/José Domingo Cardona Camós le 19 mars 1911. Il est le fils de Domingo Cardona Gavaldá (1864-1946) et de Dolors/Dolores Camós Arnau (1871-1915). Ses parents, tous deux originaires du village, sont de petits propriétaires terriens qui se sont mariés à Rosell le 12 janvier 1896. José est le benjamin de la famille. Celle-ci compte déjà trois filles : Maria Dolors (1896), Maria Cinta (1900) et Maria Virgilia (1904) et deux autres garçons : Vincent Domingo (1902) et Joan (1906) (2).

José est en grande partie élevé par sa sœur Maria Cinta, car leur mère meurt lorsqu’il a quatre ans. Il fréquente l’école jusqu’à ses 10 ans seulement mais en garde un goût pour la lecture. Il complète sa formation scolaire à Barcelone, lorsque qu’il y rejoint son frère Joan en 1924. Apprenti maçon dans la journée, il prend des cours le soir auprès d’un instituteur privé.

Deux ans plus tard, c’est à Benicarló (province de Castellón) qu’il apprend le métier de tailleur, avant de s’installer à son compte à Rosell. Vers le milieu des années 1930, il épouse Soledat/Soledad Camós Pla, née à Rosell le 29 décembre 1915 (3). Le couple aura un enfant, né aux environs de 1938.

José s’intéresse très tôt à la politique, militant pour améliorer la vie des habitants de Rosell (4). Devenu président d’une organisation locale de gauche, le « Centre Pédagogique Républicain » (5), il est élu premier conseiller municipal le 25 novembre 1936, au moment de de la Révolution Sociale espagnole.

En mars 1937, il est mobilisé pour défendre la République contre les troupes franquistes. Il est rapidement envoyé sur le front de Tolède, où il reste jusqu’à la fin mars 1938. A cette époque, il est nommé commissaire politique de son unité : le 2d bataillon de la 104e Brigade mixte. Celle-ci se replie ensuite en Catalogne, avant d’être dissoute à la fin de l’année. José est à Barcelone lorsque la ville capitule, le 26 janvier 1939. La guerre est perdue, commence la terrible « Retirada ».

Entré en France en plein hiver, le 9 février, José subit le sort de nombreux autres réfugiés espagnols. Il est parqué à l’air libre successivement dans les camps improvisés d’Osséja, Bourg-Madame puis à Latour-de-Carol (Pyrénées-Orientales), avant d’être interné au camp du Vernet (Ariège) où il reste du 3 mars au 20 septembre. Après être passé par Septfonds (Tarn-et-Garonne), il est transféré au camp de Bram (Aude) d’où il est libéré finalement le 15 novembre 1939.

A sa sortie du camp, il est recruté pour travailler à Tours (Indre-et-Loire) comme manœuvre sur la voie ferrée Tours-Le Mans, jusqu’à ce que la Débâcle interrompe les travaux, en mai 1940. Il décide alors de se fixer à Pamiers (Ariège), où deux familles originaires de Rosell, installées depuis les années 1920, l’avaient aidé lorsqu’il était au camp du Vernet.  Arrivé à Pamiers au lendemain de l’Armistice, il ne tarde pas à trouver un emploi de manœuvre à la société métallurgique de la ville.

N’ayant pas renoncé à la lutte, il écoute radio-Londres et radio-Moscou, tandis que les renseignements généraux de l’Ariège le soupçonnent d’avoir été l’un des principaux responsables du Parti Socialiste Unifié de Catalogne (6). Avec d’autres réfugiés espagnols, il forme dès la fin 1940 un groupe en vue de mener des actions de résistance. Dans le courant de l’année suivante, il se rapproche du chef d’un petit réseau de Pamiers, dépendant de la section toulousaine du Front National. Une distribution de tracts commune est préparée pour appeler la population à manifester le 14 juillet 1942.

Malheureusement, les autorités françaises étant particulièrement sur leurs gardes à l’approche de la Fête Nationale, elles dépêchent à Pamiers la 8e Brigade Spéciale de Toulouse. Le 12 juillet, celle-ci interpelle José Cardona en possession de tracts. Plusieurs membres du Front National, sont arrêtés de même les jours suivants. José est d’abord conduit à la maison d’arrêt de Foix (Ariège), puis, le 3 août à la prison militaire de Toulouse, 2 place Feugerolles.

Début février 1943, il est transféré à la maison d’arrêt Saint-Michel de Toulouse, en vue de son procès. Un mois plus tard, le 5 mars, il est condamné par la Section Spéciale de la cour d’appel de Toulouse, à deux ans de prison pour « menées antinationales », soit en l’occurrence : activité communiste. Il purge sa peine au centre de détentions d’Eysses (Lot-et-Garonne) où il est enregistré le 2 avril, sous le N° d’écrou 1669 (7). Presque immédiatement intégré aux forces FFI qui s’y sont constituées pour combattre le régime de Vichy et préparer leur évasion, il fait partie de la « 2e compagnie Prunières ». Avec ses compagnons, il participe au soulèvement des 19 et 20 février 1944. La révolte est réprimée par les autorités françaises.

Le 30 mai 1944, il est remis avec 1 121 détenus aux autorités allemandes. Le convoi parti de Penne-d’Agenais (Lot-et-Garonne) les amène à Compiègne le 2 juin 1944. José Cardona est déporté à Dachau le 17 juin. Arrivé trois jours plus tard (matricule 73292), il reste trois semaines en quarantaine avant d’être affecté au Kommando annexe de Blaichach. Libéré le 8 mai 1945, le jour de la capitulation allemande, il est aussitôt rapatrié, via Mulhouse.

De retour à Pamiers, il reprend son activité de tailleur et se remarie avec une jeune appaméenne, Yvonne Lafaille (1927-2015). Il s’installe ensuite dans la Gard : quelques temps à Saint-Gilles puis à Vauvert où il a de la famille. Là, avec d’autres anciens déportés dont Jean Mogue (matricule 75690), il intervient dans les écoles pour témoigner de ce qu’étaient les camps de concentration.

Décédé le 4 mars 1989 à Vauvert, José Cardona est inhumé au cimetière de Pamiers. En 2019, la municipalité de Vauvert honore sa mémoire en donnant son nom au nouveau parking qu’elle vient d’aménager.

Rédacteur : Gérard Krebs.

Biographie en grande partie reprise de celle écrite par sa veuve, Yvonne Cardona, aimablement transmise par la Mairie de Vauvert.

Notes

(1) Le village fait partie de la comarque de Baix Maestrat, dépendant de la communauté de Valence. En 1930, il se compose de 557 familles représentant un peu plus de 2.000 personnes. On y parle un dialecte qui est un mélange de catalan et de valencien (langue dans laquelle le nom du village s’orthographie Rossell).

(2) Un autre garçon, Josep Maria (1898), est décédé à l’âge de deux ans. A noter que le patronyme de la famille est en valencien : Cardona Comós.

(3) Lors de sa déportation, José indique que son épouse réside à Rosell, 2 rue Maestre Ferreros. Il s’agit peut-être du domicile du couple dans les années 1930. Cela indique en tous cas que son épouse ne l’a pas suivi dans son exil en France.

(4)  Selon le témoignage de sa seconde épouse, Yvonne Cardona : « avec un groupe de jeunes, il crée le « Mouvement Culturel Ouvrier » [… qui] offre à la jeunesse une bibliothèque, du théâtre, de la musique, une salle de bals… et connaît un franc succès ».

(5) « Centro Instructivo Republicano ». Sur les bouleversements amenés à Rosell par la République et la guerre civile, voir : https://memoriacastello.cat/rossell-republica-i-guerra-civil/

(6) Archives de Caen, rapport du Préfet de l’Ariège du 21 janvier 1958.

Sources :

Archives de Caen, dossier 21 P 722005 et Vincennes 16 P 106320 (dont photo, vers 1950)

Archives Arolsen

Archives d’Eysses

Site Geneanet, arbre généalogique des Fonollosa (Fenollosa), cf. https://gw.geneanet.org/fonollosa1?n=cardona+gavalda&oc=&p=domingo&type=fiche


Vous avez un complément d’informations ? N’hésitez pas nous le faire savoir.

CARDONA José

  • 73292 Dachau

  • Né le 19 mars 1911 à Rosell (Espagne)

  • Décédé le 4 mars 1989 à Vauvert (Gard)

C’est à Rosell, village de la province de Castellón (1), que naît Josep/José Domingo Cardona Camós le 19 mars 1911. Il est le fils de Domingo Cardona Gavaldá (1864-1946) et de Dolors/Dolores Camós Arnau (1871-1915). Ses parents, tous deux originaires du village, sont de petits propriétaires terriens qui se sont mariés à Rosell le 12 janvier 1896. José est le benjamin de la famille. Celle-ci compte déjà trois filles : Maria Dolors (1896), Maria Cinta (1900) et Maria Virgilia (1904) et deux autres garçons : Vincent Domingo (1902) et Joan (1906) (2).

José est en grande partie élevé par sa sœur Maria Cinta, car leur mère meurt lorsqu’il a quatre ans. Il fréquente l’école jusqu’à ses 10 ans seulement mais en garde un goût pour la lecture. Il complète sa formation scolaire à Barcelone, lorsque qu’il y rejoint son frère Joan en 1924. Apprenti maçon dans la journée, il prend des cours le soir auprès d’un instituteur privé.

Deux ans plus tard, c’est à Benicarló (province de Castellón) qu’il apprend le métier de tailleur, avant de s’installer à son compte à Rosell. Vers le milieu des années 1930, il épouse Soledat/Soledad Camós Pla, née à Rosell le 29 décembre 1915 (3). Le couple aura un enfant, né aux environs de 1938.

José s’intéresse très tôt à la politique, militant pour améliorer la vie des habitants de Rosell (4). Devenu président d’une organisation locale de gauche, le « Centre Pédagogique Républicain » (5), il est élu premier conseiller municipal le 25 novembre 1936, au moment de de la Révolution Sociale espagnole.

En mars 1937, il est mobilisé pour défendre la République contre les troupes franquistes. Il est rapidement envoyé sur le front de Tolède, où il reste jusqu’à la fin mars 1938. A cette époque, il est nommé commissaire politique de son unité : le 2d bataillon de la 104e Brigade mixte. Celle-ci se replie ensuite en Catalogne, avant d’être dissoute à la fin de l’année. José est à Barcelone lorsque la ville capitule, le 26 janvier 1939. La guerre est perdue, commence la terrible « Retirada ».

Entré en France en plein hiver, le 9 février, José subit le sort de nombreux autres réfugiés espagnols. Il est parqué à l’air libre successivement dans les camps improvisés d’Osséja, Bourg-Madame puis à Latour-de-Carol (Pyrénées-Orientales), avant d’être interné au camp du Vernet (Ariège) où il reste du 3 mars au 20 septembre. Après être passé par Septfonds (Tarn-et-Garonne), il est transféré au camp de Bram (Aude) d’où il est libéré finalement le 15 novembre 1939.

A sa sortie du camp, il est recruté pour travailler à Tours (Indre-et-Loire) comme manœuvre sur la voie ferrée Tours-Le Mans, jusqu’à ce que la Débâcle interrompe les travaux, en mai 1940. Il décide alors de se fixer à Pamiers (Ariège), où deux familles originaires de Rosell, installées depuis les années 1920, l’avaient aidé lorsqu’il était au camp du Vernet.  Arrivé à Pamiers au lendemain de l’Armistice, il ne tarde pas à trouver un emploi de manœuvre à la société métallurgique de la ville.

N’ayant pas renoncé à la lutte, il écoute radio-Londres et radio-Moscou, tandis que les renseignements généraux de l’Ariège le soupçonnent d’avoir été l’un des principaux responsables du Parti Socialiste Unifié de Catalogne (6). Avec d’autres réfugiés espagnols, il forme dès la fin 1940 un groupe en vue de mener des actions de résistance. Dans le courant de l’année suivante, il se rapproche du chef d’un petit réseau de Pamiers, dépendant de la section toulousaine du Front National. Une distribution de tracts commune est préparée pour appeler la population à manifester le 14 juillet 1942.

Malheureusement, les autorités françaises étant particulièrement sur leurs gardes à l’approche de la Fête Nationale, elles dépêchent à Pamiers la 8e Brigade Spéciale de Toulouse. Le 12 juillet, celle-ci interpelle José Cardona en possession de tracts. Plusieurs membres du Front National, sont arrêtés de même les jours suivants. José est d’abord conduit à la maison d’arrêt de Foix (Ariège), puis, le 3 août à la prison militaire de Toulouse, 2 place Feugerolles.

Début février 1943, il est transféré à la maison d’arrêt Saint-Michel de Toulouse, en vue de son procès. Un mois plus tard, le 5 mars, il est condamné par la Section Spéciale de la cour d’appel de Toulouse, à deux ans de prison pour « menées antinationales », soit en l’occurrence : activité communiste. Il purge sa peine au centre de détentions d’Eysses (Lot-et-Garonne) où il est enregistré le 2 avril, sous le N° d’écrou 1669 (7). Presque immédiatement intégré aux forces FFI qui s’y sont constituées pour combattre le régime de Vichy et préparer leur évasion, il fait partie de la « 2e compagnie Prunières ». Avec ses compagnons, il participe au soulèvement des 19 et 20 février 1944. La révolte est réprimée par les autorités françaises.

Le 30 mai 1944, il est remis avec 1 121 détenus aux autorités allemandes. Le convoi parti de Penne-d’Agenais (Lot-et-Garonne) les amène à Compiègne le 2 juin 1944. José Cardona est déporté à Dachau le 17 juin. Arrivé trois jours plus tard (matricule 73292), il reste trois semaines en quarantaine avant d’être affecté au Kommando annexe de Blaichach. Libéré le 8 mai 1945, le jour de la capitulation allemande, il est aussitôt rapatrié, via Mulhouse.

De retour à Pamiers, il reprend son activité de tailleur et se remarie avec une jeune appaméenne, Yvonne Lafaille (1927-2015). Il s’installe ensuite dans la Gard : quelques temps à Saint-Gilles puis à Vauvert où il a de la famille. Là, avec d’autres anciens déportés dont Jean Mogue (matricule 75690), il intervient dans les écoles pour témoigner de ce qu’étaient les camps de concentration.

Décédé le 4 mars 1989 à Vauvert, José Cardona est inhumé au cimetière de Pamiers. En 2019, la municipalité de Vauvert honore sa mémoire en donnant son nom au nouveau parking qu’elle vient d’aménager.

Rédacteur : Gérard Krebs.

Biographie en grande partie reprise de celle écrite par sa veuve, Yvonne Cardona, aimablement transmise par la Mairie de Vauvert.

Notes

(1) Le village fait partie de la comarque de Baix Maestrat, dépendant de la communauté de Valence. En 1930, il se compose de 557 familles représentant un peu plus de 2.000 personnes. On y parle un dialecte qui est un mélange de catalan et de valencien (langue dans laquelle le nom du village s’orthographie Rossell).

(2) Un autre garçon, Josep Maria (1898), est décédé à l’âge de deux ans. A noter que le patronyme de la famille est en valencien : Cardona Comós.

(3) Lors de sa déportation, José indique que son épouse réside à Rosell, 2 rue Maestre Ferreros. Il s’agit peut-être du domicile du couple dans les années 1930. Cela indique en tous cas que son épouse ne l’a pas suivi dans son exil en France.

(4)  Selon le témoignage de sa seconde épouse, Yvonne Cardona : « avec un groupe de jeunes, il crée le « Mouvement Culturel Ouvrier » [… qui] offre à la jeunesse une bibliothèque, du théâtre, de la musique, une salle de bals… et connaît un franc succès ».

(5) « Centro Instructivo Republicano ». Sur les bouleversements amenés à Rosell par la République et la guerre civile, voir : https://memoriacastello.cat/rossell-republica-i-guerra-civil/

(6) Archives de Caen, rapport du Préfet de l’Ariège du 21 janvier 1958.

Sources :

Archives de Caen, dossier 21 P 722005 et Vincennes 16 P 106320 (dont photo, vers 1950)

Archives Arolsen

Archives d’Eysses

Site Geneanet, arbre généalogique des Fonollosa (Fenollosa), cf. https://gw.geneanet.org/fonollosa1?n=cardona+gavalda&oc=&p=domingo&type=fiche


Vous avez un complément d’informations ? N’hésitez pas nous le faire savoir.